Interview exclusive de Rossi: « Je veux rouler à Francorchamps »

De notre envoyé spécial

Valentino, félicitations pour votre victoire, votre cinquième sur quatre roues à Monza. Une telle conclusion, c’est la meilleure manière de finir l’année non ?

Finir la saison avec une victoire, c’est toujours le meilleur moyen de commencer la suivante. Je dis tout le temps que rouler ici à Monza, c’est un plaisir. Mais quand tu gagnes, c’est mieux (Il se marre). La pression m’a aidé à rester concentré jusqu’à la fin. J’ai vraiment poussé, pour rester dans la course. C’était vraiment un chouette rallye.

La saison de MotoGP est clôturée mais vous avez manifestement encore besoin d’adrénaline…

Chaque fois que j’arrive à Monza, je suis excité parce que je sais que je vais rouler contre des gars rapides. Le rallye, j’adore ça. Un jour, peut-être j’en referai. Mais bon, pendant la saison, je n’ai jamais trop le temps.

Je viens de discuter avec votre papa…

(Il coupe). Et alors, ça va, il a été bon ?

(Un peu décontenancé) Heu oui…

Je ne l’ai pas encore vu…

Il expliquait que, qu’importe le nombre de roues, quand vous vous visualisez en gagnant, vous êtes rapide, quoi qu’il arrive.

(Rires). J’ai déjà pas mal d’expérience au volant et j’apprécie vraiment. Forcément, pas autant qu’en moto mais bon, je me sens bien, et surtout, je m’amuse bien. Et puis, rouler me permet de me changer les idées. Bon, cette année, ça n’a définitivement rien à voir avec ce qui s’est passé en 2015. L’année dernière, enfin sa conclusion, a été très difficile à digérer pour moi (NDLR : Pour faire simple, il avait perdu le titre à cause d’une alliance espagnole Marquez-Lorenzo contre lui). En même temps, le fait d’avoir pu rouler ici à Monza m’avait déjà permis d’oublier un peu. Prendre la voiture, aller à fond, et, surtout gagner, était comme un nouveau départ, tu vois ? Les deux semaines après Valence, l’année dernière, elles étaient vraiment dures. Cette année, j’étais bien plus relax. Mais bon, avec encore l’envie de gagner. On ne se refait pas…

Finalement, vous êtes plutôt deux ou quatre roues ?

Ahhh, une bonne question (rires). A la fin, la moto. J’adore les voitures, particulièrement le rallye. Quand j’étais gamin, Graziano, mon papa, m’emmenait souvent. En moto aussi, forcément mais, aussi loin que je me souvienne, on allait la nuit faire des tours autour de Tavullia en voiture et j’adorais ça. Mais bon, la première passion, c’est la moto.

Justement, parlons motos. Vous venez d’effectuer une série de tests à Valence puis surtout lors de sessions confidentielles en Malaisie avec la nouvelle Yamaha…

C’était important de rouler là-bas. On y a comparé l’ancienne moto et sa nouvelle version, pour la saison prochaine. Et franchement, je suis bien plus optimiste qu’après les premiers tests à Valence. Spécialement à propos du châssis. Le feeling était déjà bon en Espagne mais les tests en Malaisie, où j’ai pu rouler plus, m’ont permis de vraiment sentir le potentiel de la machine.

Sans Jorge Lorenzo, désormais chez Ducati, dans vos pattes…

Tu sais, quand j’ai compris, la toute première fois, que Lorenzo allait changer de team, je me suis dit « ahhhh » (Il s’esclaffe en se frottant les mains). Cela dit, sur la piste, il est très difficile de trouver un coéquipier qui a ses qualités, qui est aussi rapide que lui. Mais bon, j’ai cru comprendre que Maverick (Vinales) serait au minimum aussi fort que lui… J’ai eu l’occasion de le voir à l’œuvre, il est vraiment très rapide et précis dans son travail sur la moto. On a pas mal discuté et on était d’accord sur la plupart des sujets, ce qui est plutôt pas mal. Et on a déjà amélioré plusieurs détails sur la moto grâce à notre collaboration. J’espère qu’on va continuer dans ce sens…

Vous en êtes où avec votre meilleur ennemi ?

Après le dernier Grand Prix à Valence, Lorenzo et moi, on a discuté. Il le fallait et franchement, c’était un bon moment. C’est clair que notre relation, particulièrement après ce qui s’est passé l’année dernière, était, on va dire, pas facile, mais bon, on est ensemble depuis longtemps, donc… Il est venu vers moi et est revenu sur les réussites de notre collaboration. Franchement, c’était un bon moment. Je suis content qu’il ait eu lieu. On a même fait une photo souvenir…

L’année prochaine, vous formerez donc la paire avec Vinales. N’aviez-vous pas déclaré que ça aurait été plus facile avec Pedrosa ?

Je l’ai dit mais c’était plus une blague qu’autre chose. Pedrosa est un peu trop vieux (NDLR : trente-et-un ans). En plus, il doit être un coéquipier assez compliqué, si j’ose dire. Et puis, sinon, je n’ai aucun droit comme ça peut parfois se faire en Formule 1. C’est Yamaha qui décide, point.

En tout cas, vous voilà en vacances. Vous allez faire quoi jusqu’à la reprise, en mars, au Qatar ?

Essayer de me reposer un peu. Cette saison a été très longue, très usante nerveusement. Là, je suis officiellement en vacances, ça va faire du bien. Je pense que je vais rester à la maison, relax. J’espère qu’il va neiger, comme ça j’irai faire un peu de snowboard.

Vous allez disputer votre dix-huitième saison en catégorie reine. Doux euphémisme d’affirmer que vous connaissez tous les rouages de la chose. Pour autant, avez-vous encore des choses à modifier, à bonifier ?

Je vais changer quelques petits détails. Des petites choses qui vont me permettre de m’améliorer. Même si, à la fin, c’est toujours un peu la même chose. Je commence à connaître la chanson : travailler sa condition et préparer le corps à la saison nouvelle, essayer de rester sur la moto, enchaîner les exercices sur différents types de moto pour arriver au top lors de la première course.

Vous êtes sous contrat avec Yamaha jusqu’en 2018. Mais pourriez-vous, à l’image de ce que vient de faire Nico Rosberg, arrêter plus tôt, sur un nouveau titre mondial ?

J’aimerais bien avoir ce problème (Il se marre). Concernant Nico, quitter le circuit, comme ça, avec un titre de champion du monde, franchement d’un certain point de vue, je trouve ça bien parce que tu stoppes en tant que numéro 1. Mais, en même temps, c’est une décision assez choquante pour tout le monde je pense. C’est en tout cas quelque chose de très personnel. S’il a décidé de faire cela, on doit être d’accord avec lui…

En tout cas, certains médias sud-américains vous esquissent déjà un avenir au Dakar…

Le Dakar, oui peut-être. Enfin, un jour, quand j’aurai raccroché avec le Moto GP, ce qui n’est pas encore défini. C’est un fameux challenge pour moi, donc, le genre de truc qui me botte. Mais je pense que ça doit être vraiment difficile. En fait, c’est peut-être mieux que je pense aux 24heures du Mans. Plus facile (rires).

Valentino, dernière question. Vous savez, je viens de Belgique, le pays du plus beau circuit du monde… Mais vous n’avez jamais roulé à Spa-Francorchamps…

Jamais, en effet. Je n’ai même jamais fait un seul tour. Pourquoi ? Simplement parce qu’il n’y a pas de MotoGP sur votre circuit. Mais je veux rouler à Spa-Francorchamps, sur ce superbe circuit, et je le ferai, c’est une certitude. C’est quelque chose que je dois absolument réaliser avant de prendre ma retraite. Les 24 heures à Spa-Francorchamps, je les ai mises dans la liste des courses que je veux faire, comme les 24 heures du Mans ou celles du Nurburgring.

« La retraite ? Avec Vale, on ne sait jamais »

Vale, il le connaît depuis « la crèche ». C’est dire, si, entre les deux gaillards, la relation est fusionnelle. « Je me souviens, quand on était gamin, nos amis allaient jouer au foot. Nous on préférait faire du tricycle… », se marre Alessio Salucci dit Uccio, l’ombre indissociable, le meilleur pote, le confident et l’assistant du Doctor. Il gère également la VR46 Riders Academy, vivier de talents en devenir, et accompagne Valentino dans tous ses déplacements. « Avec Vale, on est avant tout amis. Une amitié, très forte, qui nous lie depuis qu’on a quatre ans. Ce que je dois lui dire, je lui dis, toujours. S’il fait une erreur, par exemple. Parfois, il me demande des conseils. Sur un virage particulier, par exemple, la façon dont il a pris une courbe. On parle beaucoup, on analyse tout. Quand il y a une grosse décision, on en discute toujours énormément. »

Uccio le sait, il nourrit sa passion dans la complicité exacerbée qu’il entretient avec son champion d’ami, au fil des ans, alors que, doucement, le spectre de la retraite vient taper au coin du casque. « Aujourd’hui, on a trente-sept ans. Trente-huit, même, pour Vale en février. Forcément dans la théorie, il faudrait arrêter d’ici deux ans, quand son contrat chez Yamaha sera arrivé à son terme. Mais bon, avec Valentino, on ne sait jamais. Tout dépendra de s’il est toujours rapide ou pas. Mais s’il l’est toujours, pourquoi stopper ? Tout ce que je sais, c’est que quand il raccrochera, il ne restera pas à la maison affalé dans son fauteuil (il mime, en même temps, la chose en se marrant). Il a besoin d’adrénaline, c’est certain. Alors pourquoi pas continuer, après en voiture… Je ne sais pas, on verra. »

Le papa de Rossi: « Il y a autre chose que le palmarès »

Le papa de Rossi: « Il y a autre chose que le palmarès »

La lumière, ce n’est pas vraiment son truc. Graziano Rossi laisse bien volontiers l’effervescence à son ‘campione’ de fiston, préférant une discrétion relative qui ne demande qu’à s’évanouir dans l’évocation dorée. L’œil est brillant, le verbe, typique, chantant comme une belle italienne. La fierté, évidente.

« J’avoue, qu’aujourd’hui encore, le papa a parfois du mal à réaliser », pose-t-il dans une allégresse éclatant en signes manifestes. « C’est même compliqué. Tu essayes toujours de te persuader que tu ne vois pas son talent pour ne pas t’enflammer. Enfin, ça c’était surtout avant, dans les catégories inférieures. Désormais, j’ai quand-même un peu pris l’habitude… La première fois qu’il a gagné en 500cc, je me suis dit « peut-être que mon fils à quelque chose ».

« Il tient aussi sa popularité de son caractère »

Mais bon, j’étais loin de penser qu’il allait réaliser tout ça. C’était en Angleterre, à Donington. Il faisait dégueulasse. A ce moment là, j’avais vraiment de longs cheveux, jusqu’en bas du dos. Ce jour-là, je les ai coupés. Comme pour me souvenir. Et je les ai gardés, d’ailleurs je les ai toujours. Ils sont comme un signe, quelque chose qui me permet de me souvenir du jour où j’ai commencé à réaliser. »

Depuis, les cheveux… courts, ont viré au poivre et sel. Et Graziano s’est peu ou prou habitué au statut divin de son fils. « En fait, je pense qu’il est populaire parce que c’est un champion. Mais il tient aussi sa popularité de son caractère, de cette capacité qu’il a à sympathiser avec les gens », explique-t-il, avant de couper, quelques secondes, comme pour mieux trouver ses mots.

« Crois moi papa, tu verras »

« Quand un pilote gagne des courses, forcément son statut change. Il devient populaire. Mais pour Valentino, il y a autre chose que le palmarès, c’est ce qui le différencie des autres. L’attitude, le caractère, ce côté sympathique et toujours la phrase pour rire. Ca aide je pense... Et peut-être aussi ses magnifiques yeux bleus », s’esclaffe l’ancien pilote Suzuki, Yamaha et Morbidelli, fin des années septante et début de la décennie suivante. Bilan, une expérience de la bécane, une addiction à la vitesse et trois victoires en 250cc. Un virus transmis au Doctor.

Mais voilà des années que papa Graziano a remisé dans la poche intérieure de sa combinaison les conseils et suggestions. « Probablement l’une des dernières fois, et des premières d’ailleurs, que je lui ai donné un conseil, c’était en mini-moto. Il devait avoir dix ans. Il avait signé la pôle. Mais j’ai réalisé que, du coup, il était mal placé pour prendre la bonne trajectoire lors du premier virage. Je lui ai dit qu’il valait mieux partir directement à gauche. Il m’a répondu, sûr de lui : « crois moi papa, tu verras » et il est parti à droite. Il a gagné. Depuis, plus de conseils (rires) ».

« J’était un pilote complètement différent de lui. »

Lui était parfois trop impétueux, ardent, sur la moto. « J’était un pilote complètement différent de lui. J’étais peut-être rapide mais je n’étais pas un pilote régulier. Enfin, je veux dire que j’avais du mal à finir les courses, je tombais pas mal. Vale est aussi très rapide mais lui, en plus, il assure en faisant nettement moins d’erreurs que moi, il est fiable. Grandissime différence… »

L’avenir de son nonuple champion du monde de fils, il l’esquisse dans cette vitesse grisante. Forcément. Reste à déterminer le nombre de roues. « On lui a proposé, il y a quelques années, de piloter une Formule 1. Il a refusé parce que sa passion pour le MotoGP était trop forte, il savait qu’il avait encore quelque chose à y faire. Mais cela ne veut pas dire que quand il en aura fini avec le MotoGp, il n’explorera pas d’autres pistes. »

Pas de quoi inquiéter un Graziano à l’aphorisme léger et à la conclusion limpide. « Si mentalement, vous arrivez à vous projeter en tant que gagnant, alors ça peut-être en voiture comme en karting, vous irez vite. » Amen.

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