Que Liège se fasse appeler «Chicago sur Meuse»: une réalité légitime qui fait mal

Editorial
Que Liège se fasse appeler «Chicago sur Meuse»: une réalité légitime qui fait mal

Dans les années 2000, tous les regards étaient braqués vers le Pays noir lorsqu’on évoquait les magouilles politiques. À raison, tellement l’intérêt public a été fourvoyé par des élus carolos. Aujourd’hui encore, cette image de « région corrompue » colle aux basques de Charleroi pour des faits qui paraissent presque « dérisoires » – les guillemets sont de rigueur – au regard de ce qui se trame actuellement en Cité ardente. Des indemnités pour 18 millions d’euros aux ex-cadres de Nethys, des abus estimés à 20 millions du côté de Liège Airport. Un ancien député-bourgmestre de Seraing au cœur d’un procès où on l’accuse d’avoir touché 700.000 € de pots-de-vin. Et ce ne sont là que trois exemples parmi une longue liste de dossiers économiques et financiers ayant entraîné de multiples inculpations, procès, transactions financières. Sans parler de ceux à venir qui s’annoncent retentissants.

Cela peut peut-être être difficile à admettre pour les Liégeoises et les Liégeois. Mais il est nécessaire de dire les choses sincèrement : la réputation de toute une région est désormais entachée par les faits inqualifiables d’une poignée. Et oui, il faut accepter, même si ça fait mal, quand le reste du pays opte plutôt pour « Chicago sur Meuse » au lieu de la « Cité des Princes-Évêques » pour parler de Liège.

Et oui, ça fait mal. Mal pour cette région riche de sa culture, de son ouverture, sa recherche, son esprit d’entreprendre, sa solidarité et son enseignement d’en être réduit à cela. Quelle injustice. Il va falloir du temps que cela change dans l’imaginaire collectif. Mais on peut compter sur celles et ceux qui font réellement vivre et avancer la région liégeoise pour continuer à aller de l’avant afin de rester fier de ce que l’on fait et de qui on est.

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Nethys

Stéphane Moreau. Le 18 octobre 2019, le nouveau conseil d’administration de Nethys, tout juste installé, prend une décision radicale pour mettre fin à une situation qui traîne depuis trop longtemps. Le manager du groupe liégeois est licencié, sans indemnités. Le verdict est identique pour Pol Heyse , le directeur financier, ainsi que pour Bénédicte Bayer , bras droit de l’ancien bourgmestre ansois. Depuis, les péripéties se sont multipliées concernant les principaux intéressés. Il y a tout d’abord eu les bonus et autres indemnités faramineuses dont ils ont bénéficié, pour un peu plus de 15 millions à eux trois. La majeure partie étant pour Stéphane Moreau, bien entendu. L’ex-CEO est également impliqué dans le volet de la vente des filiales VOO, Elicio et Win.

Enfin, la justice s’en est mêlée. Stéphane Moreau a été placé sous mandat d’arrêt et inculpé d’abus de biens sociaux, de détournement par une personne exerçant une fonction publique, de faux, usage de faux et escroquerie. Il était incarcéré à la prison de Lantin, avant un transfert à Marche. Il a donc été remis en liberté sous conditions ce jeudi.

Pol Heyse sera quant à lui inculpé pour détournement et abus de biens sociaux et incarcéré avant d’être remis en liberté sous conditions. Pareil pour Bénédicte Bayer, qui a toutefois échappé à l’incarcération pour être directement remise en liberté par le juge d’instruction.

Au niveau des anciens administrateurs de Nethys aussi, il y a eu un sacré tri. Peu avant les licenciements du management, tous les administrateurs ont démissionné. Parmi eux, on retrouvait Pierre Meyer, François Fornieri et Jacques Tison. Le premier était président de Nethys, le second président du comité de rémunération et le dernier administrateur et membre du même comité de rémunération. Pierre Meyers, par ailleurs ancien patron de CMI, et François Fornieri, emblématique et sulfureux patron de Mithra, ont tous deux passé cinq jours en prison, tandis que Jacques Tison avait été remis en liberté sous conditions par le juge d’instruction. Ils sont tous inculpés de détournements et abus de biens sociaux. On leur reproche leur implication dans les indemnités de rétention octroyées à l’ex-management. François Fonieri est également pleinement impliqué dans le volet de la revente de Win et Elicio à deux sociétés qu’il a créées, Ardentia et Ardentia Tech, pour des montants dérisoires. Il était donc à la fois vendeur et acheteur et avait réservé un poste à… Stéphane Moreau. Mis sous pression, il a finalement annulé son achat.

Intégrale

L’ancien patron de l’assureur Intégrale, Diego Aquilina , n’a pas résisté à l’opération « mains propres » réalisée à Liège actuellement. Il est le 7e inculpé du volet Nethys, toujours pour les mêmes préventions. Il est considéré également comme l’un des artisans du système des indemnités de rétention, dont il a d’ailleurs lui-même largement bénéficié.

Liege Airport

Cette semaine a marqué un nouveau tournant. Deux nouvelles institutions ont en effet fait la Une de l’actualité. Dans l’ordre chronologique, il y a tout d’abord eu Liege Airport. Un conseil d’administration réuni en urgence a pris la décision de licencier son désormais ex-CEO Luc Partoune pour faute grave suite à de gros problèmes de gouvernance (marchés publics, absence de mise en concurrence, emplois fictifs, notes de frais extravagantes). Les choses ne devraient pas en rester là et il serait logique qu’elles connaissent un volet judiciaire. La Wallonie a décidé de se constituer partie civile.

Ogeo Fund

Enfin, dernières victimes en date de ce gros nettoyage de (pré)printemps, les deux directeurs du fonds de pension liégeois Ogeo Fund ont été également licenciés pour faute grave. Il est reproché à Emmanuel Lejeune et à Hervé Valkeneers , tous deux proches de Stéphane Moreau, de graves manquements au niveau de la gouvernance, à nouveau.

Cela fait donc dix personnalités de tout premier plan qui ont soit été inculpées, soit licenciées, en moins d’un mois.

Point commun : tous ces excès, dont beaucoup ont débouché sur des licenciements, n’ont pu se faire que grâce à une double condition. Tout d’abord le renouvellement des instances dirigeantes par des personnes neuves et indépendantes. Ensuite, la volonté par ces nouvelles équipes de faire toute la lumière sur le passé pour nettoyer les écuries et ainsi repartir sur des bases saines. Pour cela, toutes – à savoir Nethys, Intégrale, Liege Airport et Ogeo Fund – ont diligenté des missions Forensic (anti fraude) par un consultant, Deloitte, ce qui a permis de mettre au jour les faits dont on parle tant.

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