Vers un accès au chômage même en cas de démission?

Vers un accès au chômage même en cas de démission?
Belga

Le ministre de l’Emploi, Pierre-Yves Dermagne (PS), a établi 25 propositions pour répondre aux pénuries sur le marché de l’emploi. Elles serviront de base à des négociations au sein de la Vivaldi.

L’une d’entre elle offre la possibilité aux salariés, qui démissionnent, d’avoir accès aux allocations de chômage, rapportent L’Echo et De Tijd.

Afin de favoriser la mobilité professionnelle, le ministre propose d’offrir la possibilité aux salariés de réorienter leur carrière un nombre limité de fois durant leur carrière. Ceux-ci pourraient, à condition d’occuper un emploi depuis plusieurs années, avoir accès aux allocations de chômage s’ils quittent volontairement leur job.

Le ministre propose aussi que les demandeurs d’emploi qui prennent part à une formation à un métier en pénurie puissent à son issue avoir accès automatiquement à la première période d’indemnisation des allocations de chômage.

Une plus grande autonomie pour les Régions

En outre, les quotidiens relèvent aussi d’autres points intéressants : le ministre semble par exemple disposé à octroyer une plus grande autonomie aux Régions dans leur manière de déterminer les chômeurs qui doivent être disponibles pour le marché de l’emploi et ceux qu’il convient de sanctionner.

Rendre obligatoire l’investissement d’un tiers des coûts de préavis dans des mesures visant à favoriser l’employabilité, stimuler les plans de formation en entreprises ou encore améliorer les trajectoires de réintégration des malades de longue durée sont d’autres propositions avancées par le ministre et qui ont, elles, « de bonnes chances de susciter un certain enthousiasme » au sein de la Vivaldi, notent les quotidiens

Le nord et le sud divisé

Côté francophone, Ecolo est également favorable à ce « droit à la deuxième chance », comme l’a confirmé le chef de groupe Gilles Vanden Burre lundi dans La Libre. Au MR aussi, on est ouvert à l’idée, mais pas dans le contexte d’une lutte contre les métiers en pénurie évoquée par M. Dermagne. « Le MR a proposé un droit à la réorientation à une reprise, après 10 ans de cotisations. Ce droit à la démission aménage les carrières mais ne résout pas la pénurie des métiers. C’est absurde de le penser. Cela pourrait même aggraver la situation », a réagi le président des libéraux francophones Georges-Louis Bouchez sur Twitter.

Au nord du pays, la tonalité est bien différente. Le président de l’Open Vld Egbert Lachaert a balayé la proposition. Sur Twitter, le libéral flamand s’est dit « radicalement contre » cette idée. « L’objectif, c’est plus de gens au travail et moins avec une allocation. Pas l’inverse », a-t-il écrit.

« Cette proposition figurait dans des notes précédentes lors des négociations », rappelle Egbert Lachaert, qui fut préformateur de la Vivaldi l’année dernière. Le président des libéraux flamands convient certes qu’il devrait y avoir une plus grande mobilité de la main-d’œuvre, « mais pas ainsi ».

Le CD&V a également réagi par la voix de la députée Nathalie Muylle, prédécesseure de Pierre-Yves Dermagne au portefeuille de l’Économie. « Travailler moins avec des allocations pour pallier les pénuries de main-d’œuvre… je ne comprends plus », a-t-elle tweeté.

L’opposition elle aussi divisée

Dans l’opposition, la N-VA a qualifié la proposition d’« énième mesure irresponsable du PS ». Selon le député Björn Anseeuw, elle « contredit totalement l’objectif de ce gouvernement d’atteindre un taux d’emploi de 80 %. Conduisons les personnes qui ont besoin d’un défi différent vers un nouvel emploi et non vers des allocations de chômage. »

« Chaque proposition du PS est d’avance suspecte pour certains », a rétorqué le député de la majorité Wouter De Vriendt (Groen). « Ces allocations, même si vous démissionnez, libèrent les gens du burn out et d’un travail dans lequel ils se sentent coincés. Et elles rendent le marché du travail plus mobile. »

Le président du cdH (opposition) Maxime Prévot s’est de son côté dit « heureux de découvrir depuis quelques jours que le PS et Ecolo souscrivent enfin à la proposition que nous avons formulée il y a déjà 2 ans. Mieux vaut tard que jamais ? » Le propos a été contesté par Ecolo.

La FEB estime que cela revient à assouplir les règles du chômage

Pour la Fédération des Entreprises de Belgique, offrir la possibilité aux salariés de réorienter leur carrière un nombre limité de fois durant leur carrière, « revient à un assouplissement des règles du chômage et risque de favoriser la mise en place d’un nouveau régime de départ anticipé ».

Selon la FEB, c’est une bonne chose que les gouvernements de notre pays prennent des mesures urgentes pour pallier les pénuries de main-d’œuvre, mais d’autres mesures seront nécessaires pour porter le taux d’emploi à 80 %, estime-t-elle.

« En ces temps de pénuries sévères sur le marché du travail, nous devrions tout mettre en œuvre pour orienter les demandeurs d’emploi vers le marché du travail et réintégrer les personnes en incapacité de travail, au lieu d’offrir aux travailleurs un accès facile au chômage pour une durée indéfinie », poursuit l’organisation.

Elle estime que pour les travailleurs qui « ne sont plus satisfaits de leur travail actuel et » qui « souhaitent changer d’emploi sans risque, il est préférable de miser sur des transitions d’un emploi à l’autre plutôt que de les laisser d’abord sans emploi et sans accompagnement ». Car, affirme-t-elle, « une fois qu’on est au chômage, les chances de réintégrer le marché du travail s’amenuisent de jour en jour ».

« La proposition du ministre Dermagne revient à un assouplissement des règles du chômage et risque de favoriser la mise en place d’un nouveau régime de départ anticipé. La proposition aura donc l’effet inverse de celui recherché et entraînera une diminution, et non une augmentation, du nombre de personnes sur le marché du travail », conclut Monica De Jonghe, administrateur directeur général et Executive Manager du centre de compétence Emploi & Sécurité sociale de la FEB.

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