Assises de Namur: Xavier Van Dam reconnu coupable de l’assassinat de Wivinne Marion

Assises de Namur: Xavier Van Dam reconnu coupable de l’assassinat de Wivinne Marion
Belga

Accusé d’assassinat, de viol et de détention arbitraire sur la personne de Wivinne Marion, Xavier Van Dam attendait le verdict de la cour d’assises de Namur, après trois ans de détention préventive. Les douze jurés sont entrés en délibération à 17h40. Après 4h de délibés, Xavier Van Dam a finalement été jugé coupable d’assassinat, de viol avec la circonstance aggravante de la séquestration et détention arbitraire.

Les jurés devaient répondre à cinq questions : Xavier Van Dam est-il coupable d’avoir volontairement et avec intention de donner la mort commis un homicide sur la personne de Wivinne Marion ? L’homicide a-t-il été commis avec préméditation ? Est-il coupable d’avoir commis le crime de viol ? Ces faits de viols ont-ils été précédés ou accompagnés de séquestration ? Est-il coupable de l’infraction de détention arbitraire ?

S’il y avait peu de doute sur quatre questions, Van Dam étant en aveu pour le meurtre, le viol, la séquestration et la détention arbitraire, il restait à savoir s’il allait être accusé de meurtre ou d’assassinat. Lors des plaidoiries et réquisitoires des parties, le débat s’est vite porté sur la préméditation de l’homicide. Finalement, les jurés ont retenu la circonstance aggravante de la préméditation, qualifiant ainsi l’homicide d’assassinat.

Le débat tournait autour de la préméditation de l’homicide commis.
Le débat tournait autour de la préméditation de l’homicide commis. - LL.P.

À la fin des débats, le président de la cour Olivier Warnon a demandé à l’accusé s’il avait un dernier mot. «   Tout ce que je pourrais dire serait inutile pour les victimes donc je préfère ne rien dire   », a-t-il exprimé avant que les jurés ne rentrent en délibération.

La peine connue ce mardi

Pour rappel, la mère de famille de 42 ans avait été agressée, enlevée, violée et étranglée lors de son jogging matinal le 1er novembre 2018 à Boninne. Son corps avait été retrouvé quelques heures plus tard, dans la voiture de Xavier Van Dam, immergée dans la Sambre, à Flawinne.

L’affaire avait fortement ému la région namuroise. Et pour preuve   : près de trois ans plus tard, le public s’est poussé chaque jour aux portes du palais de Justice de Namur pour assister au procès.

Dans un procès d’assises, il revient au ministère public de requérir une peine à l’égard de l’accusé. C’est ce que fera Audrey Seminara ce mardi. D’où l’importance de la qualification de l’homicide en meurtre ou en assassinat. Si la prévention de meurtre était retenue, l’accusé aurait risqué une peine plafonnée à 30 ans de prison. Comme la circonstance aggravante de la préméditation est retenue, il risquera la réclusion à perpétuité pour assassinat.

COLLEEN TORDEUR

La défense de Van Dam: «Sur le plan de la preuve, la préméditation pose question»

Pour Me Devaux, il y a un doute raisonnable sur l’intention homicide.
Pour Me Devaux, il y a un doute raisonnable sur l’intention homicide. - LL.P.

« Un être humain, Xavier Van Dam, a tué un autre être humain », a résumé Me Nicolas Devaux. Ce lundi après-midi, après les plaidoiries des parties civiles et du ministère public, c’était à la défense de livrer son plaidoyer devant la cour d’assises de Namur. Les avocats de Xavier Van Dam, accusé de viol, séquestration et assassinat sur la personne de Wivinne Marion ont débuté en rappelant que la justice n’est ni le lieu du pardon ni celui de la vengeance.

Le débat tournait autour de la préméditation de l’homicide commis.

L’avocat de la défense a expliqué au jury qu’il ne pouvait pas prendre l’usage de son client de son droit au silence dans leur appréciation, au risque d’un pourvoi en cassation. « Il est dans l’incapacité de s’expliquer et donc d’expliquer les faits qu’il a commis. Être en aveu est déjà une forme de prise de responsabilité. Monsieur Van Dam est dans l’impossibilité d’aller jusqu’au bout de cette prise de responsabilité », explique Nicolas Devaux.

Selon le conseil, cette non prise de responsabilité totale viendrait de la façon dont il a été élevé. « Il cherche toujours la faute hors de lui. C’est la façon de fonctionner de sa maman, c’était peut-être déjà la façon de fonctionner de ses grands-parents. »

Un doute raisonnable sur la préméditation

Sur le fait principal de l’homicide volontaire avec l’intention de donner la mort, la défense ne conteste pas. Pareil pour le viol. « Mais sur le plan de la preuve, la préméditation pose question. Il y a un doute raisonnable si on ne regarde que les éléments objectifs du dossier », objecte Me Devaux, contestant l’assassinat.

Dans « sa chasse au plaisir », Xavier Van Dam a prémédité le viol, oui. C’est son mobile. Mais selon ses conseils, ce n’est pas le cas de l’intention homicide. « En matière d’assassinat, la réflexion antérieure doit précisément porter sur le fait d’ôter la vie. Dans le cas présent, le cri au secours de Wivinne Marion a été l’élément déclencheur de la violence. Il a agi dans l’impulsivité qui est la sienne. Sous l’adrénaline d’avoir enlevé quelqu’un, il n’y a pas assez de place pour avoir cette réflexion. »

Si son client a précipité sa voiture dans la Sambre en ne sachant pas si sa victime était encore vivante, cela ne change rien à la préméditation. « Il n’est pas prouvé dans le dossier que l’intention homicide ait eu lieu avant les faits », a conclu Me Devaux.

Me David Toussaint a ensuite pris la parole pour rappeler toute l’empathie que la défense a envers la famille Marion-Melebeck. Le conseil a aussi demandé aux 12 jurés de ne pas se laisser submerger par leurs émotions dans leur rôle de juge. « Sur quatre questions, il faudra répondre oui. Mais sur la deuxième (ndlr : celle sur la préméditation), il faudra répondre non. »

COLLEEN TORDEUR

«Van Dam n’est bon à rien, mais est prêt à tout», selon l’avocat des parties civiles

Me Preumont parle d’une mise à mort préméditée de la victime.
Me Preumont parle d’une mise à mort préméditée de la victime. - LL.P.

Après cinq jours de procès, ce lundi sonnait l’heure des plaidoyers et réquisitoires des différentes parties présentes aux assises de Namur. Xavier Van Dam y est accusé de séquestration, viol et assassinat sur la personne de Wivinne Marion, le 1er novembre 2018.

Le débat tournait autour de la préméditation de l’homicide commis.

Me Marc Preumont, avocat des parties civiles, a entamé sa plaidoirie en évoquant la personnalité de Wivinne Marion. Avec des portraits devant lui, le conseil a rappelé l’unanimité autour de « ce rayon de soleil ».

Son ton ému a rapidement changé lorsqu’il commence son exposé sur la culpabilité de l’accusé. « Je vais utiliser une formule simple : Xavier Van Dam n’est bon à rien, mais est prêt à tout », a-t-il lancé.

« Un massacre immédiat »

« Il est accusé de faits qu’il a évidemment commis. Il s’agit d’une agression préméditée, bestiale, sauvage », continue Me Preumont, insistant sur la préméditation, et donc sur la qualification d’assassinat et non de meurtre. La Renault Laguna de l’accusé a en effet été repérée par des caméras de surveillance en train de suivre ou précéder la victime lors de son jogging matinal. Comme on y voit Van Dam faire demi-tour à plusieurs reprises, « la proie a été repérée et choisie », martèle l’avocat des parties civiles.

S’appuyant sur le p.-v. de l’enquête, le conseil rappelle les faits qui se sont déroulés chemin des Tombes et rue du Bois Lahaut à Boninne, puis sur le halage à Flawinne. « Tout est là, clair et net. »

Concernant l’intention de donner la mort, Marc Preumont poursuit : « Wivinne Marion a été tabassée avec une violence inouïe. Les médecins légistes parlent d’un gigantesque traumatisme, qui a été causé uniquement à la force de ses poings. Wivinne Marion a été violentée, séquestrée, jetée dans le coffre d’une voiture comme un vulgaire sac de linge, violée puis mise à mort par une strangulation extrême. Il l’a achevée après avoir fait tout le reste. »

Le témoin de la scène rue Bois de Lahaut avait précisé que les coups et l’étranglement de la victime n’avaient duré que 15 à 20 secondes. « Ce massacre immédiat démontre qu’avant même que l’agression ne commence, elle était pensée comme se terminant par la mort de la victime. »

Du trou noir au silence

L’accusé faisant usage de son droit au silence, et évoquant un trou noir, il reste des zones d’ombre sur les lieux et le timing des faits. « Peu importe », selon Preumont. « Les actes, les gestes posés ont eu lieu, c’est une certitude absolue. Et que ces actes ont eu lieu parce que c’est lui qui l’a fait, c’est aussi une certitude absolue. »

Pour lui, le trou noir est une comédie, une manipulation de l’accusé. « Dans les premiers moments, il a joué les imbéciles, prenant les policiers pour des imbéciles. »

Depuis le début du procès, Van Dam ne dit plus rien. « Entre dire qu’on ne se souvient plus et ne plus rien dire du tout, il y a une marge », ajoute Me Preumont, notant que l’accusé maîtrise ce qu’il veut dire ou ne pas dire. Si les experts psychologiques parlaient d’une amnésie de circonstance, Me Preumont lui, parle d’amnésie de confort : « Il se protège, se met à l’abri dans son trou noir. »

Par plusieurs extraits des auditions de l’accusé, le conseil des parties civiles a tenté de démontrer aux membres du jury l’inhumanité de l’accusé : arrogance, cynisme, contrôle.

Concluant sa plaidoirie, l’avocat s’est adressé à l’accusé en dressant la liste de ses victimes : Wivinne Marion, son mari, ses enfants, ses parents, sa famille et ses amis. « À tous ceux qui l’aimaient et ont souffert de son décès, ils ne vous avaient rien fait, vous les avez détruits. À Wivinne, vous ne lui avez laissé aucune chance. Vous l’avez littéralement massacrée de toutes les manières, allant du pire au pire. »

Aux cinq questions auxquelles les jurés devront répondre : est-il coupable d’homicide ? d’assassinat ? de viol ? de séquestration ? de détention arbitraire ? À ces cinq questions, l’avocat invite les 12 jurés à répondre « oui ». « Coupable », a-t-il assommé par cinq fois.

Colleen Tordeur

Assises de Namur: le ministère public insiste sur la préméditation de Van Dam

L’avocate générale Audrey Seminara représente la société dans ce procès Van Dam.
L’avocate générale Audrey Seminara représente la société dans ce procès Van Dam. - LL.P.

Après le réquisitoire des parties civiles ce lundi, c’était au tour du ministère public de s’exprimer par le biais de l’avocate générale Audrey Seminara. La procureure porte la voix de la société, de l’intérêt général, dans le procès de Xavier Van Dam, accusé du viol, de la séquestration et de l’assassinat de Wivinne Marion.

L’avocate générale a commencé son exposé en imaginant ce qu’aurait été cette journée du 4 octobre 2021 si Wivinne Marion n’avait pas croisé la route de l’accusé. « Un accusé qui a pris, de façon ignoble, la vie d’une inconnue juste pour assouvir ses envies sexuelles. »

Le débat tournait autour de la préméditation de l’homicide commis.

Elle est revenue sur ce qui sont probablement les derniers mots de Wivinne Marion. « Maman, maman ». « Ces appels à l’aide, sont des appels d’une maman à sa maman », commente Audrey Seminara, qui était la magistrate de garde homicide, ce funeste 1er novembre 2018. Elle a rappelé son cheminement de pensée lorsque la mère de Wivinne Marion a signalé la disparition inquiétante de sa fille, alors même qu’un enlèvement venait d’advenir à Boninne et qu’une voiture sombrait dans la Sambre. « Je me suis dit, si c’est elle la victime, le crime est innommable et est la résultante d’une mauvaise rencontre. Si c’est elle, on est face à l’horreur. Elle était au mauvais endroit, au mauvais moment », expose l’avocate générale.

Un puzzle toujours incomplet

Dans le déroulé des faits, il y a 55 minutes entre la scène d’étranglement vue par l’agriculteur rue Bois de Lahaut à Boninne et la scène au bord du halage à Flawinne. S’il dit s’être retrouvé à Onoz, rien ne prouve que Xavier Van Dam y était. « On ne sait pas ce qu’il s’est passé parce qu’il manque une pièce au puzzle. Cette pièce, Xavier Van Dam la détient mais il ne vous la donnera pas », a-t-elle lancé au jury.

Pour Audrey Seminara, le trou noir évoqué par l’accusé n’est que « foutaise » et manipulation. « Il n’a jamais eu de trou noir, il ne veut juste pas s’expliquer et prendre ses responsabilités, contrairement à ce qu’il a pu dire. Il sait que la famille attend des réponses mais il persiste et signe, il ne les donnera pas. » Selon elle, l’accusé mène tout le monde en bateau depuis trois ans. « On n’est pas dupes. »

Le ministère public a prévenu les jurés de la personnalité de menteur de l’accusé. « Le dossier est rempli d’exemples symptomatiques de ses mensonges », révèle-t-elle, illustrant par exemple sa consommation de drogue dure qu’il a niée au début de l’enquête.

Le mobile : le viol

Selon l’avocate générale, le mobile du crime était le viol. Elle a exposé les preuves d’une chasse ayant eu lieu dès la soirée du 31 octobre 2018 : les témoignages des jeunes filles présentes à la soirée de Meux évoquant une drague lourde, la présence de cocaéthylène dans son système, augmentant l’agressivité et l’envie sexuelle. « Il n’est pas parvenu à lever la fille qu’il voulait lever, donc il était encore en chasse après la soirée. »

Le matin des faits, Xavier Van Dam a consulté son compte en banque. « Il sait que pour aller au bar à champagne, il a besoin d’argent. Il cherche tous azimuts. » L’enquête a révélé qu’il était repassé à son domicile, où dormait sa compagne, pour récupérer 100 €. « Il aurait pu s’arrêter, rester chez lui et assouvir ses désirs dans une relation consentie. Mais ça ne l’intéresse pas, c’est trop facile. »

Après sa relation tarifée avec l’hôtesse du bar à champagne « La Libertine » à Lives-sur-Meuse, il remonte la chaussée de Louvain vers Champion. Alors qu’il habite le centre de Namur, « il continue sa chasse ». Les demi-tours qu’il a effectués prouvent une traque, selon l’avocate générale. « Il n’est pas en train de renoncer à son projet criminel, il le fomente. Il évalue à quel moment propice il va pouvoir agir. »

Un acte prémédité

C’est sur le chemin des Tombes à Boninne qu’il décide de « neutraliser sa proie ». « À partir du moment où Wivinne Marion est devenue sa proie, il n’a aucune intention de lui laisser la vie sauve », argumente Audrey Seminara, relevant qu’il a agi démasqué, avec son propre véhicule et qu’il n’était pas sûr qu’elle soit déjà morte au moment de jeter sa voiture dans la Sambre. « Son objectif était le viol, mais pour y arriver, il va lui ôter la vie. »

L’avocate générale a évoqué les questions que la mère de l’accusé se posait : pourquoi et quel a été le déclencheur ? « L’élément déclencheur, c’est lui. C’est sa personnalité aux traits psychopathiques qui le font agir pour assouvir ses besoins, sans jamais penser à l’autre. »

Dans un procès d’assises, il revient au ministère public de requérir une peine à l’égard de l’accusé. C’est ce que fera Audrey Seminara, dans un second temps. D’où l’importance de la qualification de l’homicide en meurtre ou en assassinat. Si la prévention de meurtre est retenue, l’accusé risquera une peine plafonnée à 30 ans de prison. Si la circonstance aggravante de la préméditation est retenue, il risquera la réclusion à perpétuité pour assassinat.

COLLEEN TORDEUR

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