Christophe Collignon: «Seulement 20% des Ukrainiens ont demandé un logement»

«Nous avons 40.000 personnes en demande de logement public en Wallonie.»
«Nous avons 40.000 personnes en demande de logement public en Wallonie.» - Photonews

Ministre wallon du logement, des pouvoirs locaux et de la ville, le fils de l’ancien Ministre-président wallon Robert Collignon, est licencié en droit de l’université de Liège. Ancien président de CPAS, celui qui a été conseiller communal à Liège et à Amay, s’investit actuellement pleinement dans la problématique du logement de cette crise ukrainienne. « Nous sommes face à une équation à plusieurs inconnues : nous ne savons pas combien d’Ukrainiens, nous allons devoir accueillir à terme. On ne sait pas non plus, combien de temps ils vont rester. »

Comment faites-vous avec ces demandes en plus de tous les Wallons qui cherchent déjà un logement ?

« Des places disponibles de logement, il n’y en a pas. Nous en cherchions déjà avant des milliers pour les Wallons. Nous avons 40.000 personnes en demande de logement public en Wallonie. Elles n’ont pas disparu. »

Comment faites-vous alors ?

« 43.000 Ukrainiens se sont inscrits à ce jour. Toutefois, 80 % de ces personnes-là ne demandent pas d’aide au logement. Elles se sont notamment arrangées avec la diaspora. Nous avons donc opté pour une réponse en épis : on a misé sur l’accueil citoyen qui se fait à partir de la générosité et de la solidarité notamment… Il reste encore 20.914 places en Belgique dont 8.634 places en Wallonie. Aujourd’hui, il y a 3.100 Ukrainiens qui se sont dirigés vers des logements wallons. »

Ces logements sont de qualité pour les Ukrainiens ?

« Il y a un contrat type. L’hébergeur peut retenir 20 % des revenus des personnes. Nous avons travaillé avec l’Union des villes et communes à une check-list pour la qualité de ces logements. On a dégagé un budget d’1 euro par habitant pour les villes et communes pour les premiers frais : déplacement, traduction… »

Et sur la durée ?

« Par expertise, nous ne voulons pas comme en Flandre réfléchir à la mise sur pied de villages avec des habitats modulaires. C’est beaucoup plus cher qu’on le croit : entre 80.000 et 100.000 €. Nous avons par contre demandé aux gouverneurs un recensement des hébergements collectifs. »

Pas de modulaire du tout ?

« On pourrait en faire, mais il faut une réflexion globale et à long terme pour que l’on puisse les réutiliser après la guerre en Ukraine. Nous devons anticiper aussi l’épuisement des citoyens qui hébergent les Ukrainiens actuellement. »

Et s’il y a un afflux massif ?

« Nous n’avons pas de pouvoir de réquisition et c’est pour cela que nous continuons le dialogue avec les gouverneurs. »

Vincent Liévin

«Nous travaillons à l’après-nucléaire de Huy»

Nucléaire : « La centrale est une entreprise qui prend de la place. Je n’ai jamais voulu entrer dans le débat « pour ou contre le nucléaire ». C’est un choix de société… est-ce que l’on est prêt à s’en passer ? La réponse est clairement non. Il y a une prolongation mais nous travaillons sur une reconversion de la ville, cela amène d’ailleurs beaucoup de travaux pour les citoyens et je m’en excuse. On travaille notamment sur la Silver Economie. Nous sommes aussi conscients que nous avons un site à haute valeur ajoutée. Nous allons donc accompagner cette reconversion qui pourrait intéresser Resa, Cockerill… Le site pourrait devenir un pôle d’hydrogène, de développement du photovoltaïque… »

Comment va le PS ? « La crise n’a pas permis la proximité que le PS aime. Le 1er mai a offert une remobilisation. Les crises ont montré l’importance de la solidarité si essentielle au PS. L’investissement public est devenu une valeur cardinale. Cela prouve que les valeurs socialistes sont modernes. »

Coup de gueule sur le PTB : « Pendant les inondations, j’ai vu ceux qui aidaient et qui étaient dans l’action… et j’ai vu ceux qui distribuaient des tracts. Ils ont exploité la misère et la détresse humaine. L’attitude du PTB était abjecte. »

V.Li.

Politique: «Plus de pédagogie»

Politique: «Plus de pédagogie»
Photonews

Élus locaux : « Je leur rends hommage. Ils ont dû absorber toutes les crises. Nous essayons de les soutenir et de les encadrer au mieux. Toutefois, nous ne pouvons jamais proposer une solution toute faite. On sent aussi qu’ils communiquent de plus en plus entre eux notamment via des groupes WhatsApp. On sent une mutualisation des forces et une mise en berne des égoïsmes locaux. Sur le terrain, ils se serrent les coudes »

Parler aux citoyens : « Nous devons, comme élus, faire plus de pédagogie. J’ai conscience que c’est encore plus difficile qu’avant parce que les réseaux sociaux ont induit l’immédiateté. Il faut en plus lutter contre la désinformation. Mais nous devons passer plus de temps pour expliquer le sens de l’action aux gens. Pourquoi fait-on telle ou telle chose ? Par ailleurs, pour que notre message passe, nous devons mener une réelle simplification administrative : le temps entre la décision d’un investissement et sa réalité sur le terrain doit être plus court. Cela touche à la crédibilité de l’action publique. On pourrait réaliser plus de projets… si on pouvait plus vite les mettre en place. »

V.Li.

«Ce sont les moins formés qui n’iraient pas voter»

Que pensez-vous de l’abstention aux élections françaises ?

« Le vote obligatoire, toutes les études montrent que si le vote n’était plus obligatoire, ce sont les moins formés qui n’iraient pas voter. Si on veut une égalité dans la société, on ne peut qu’être pour le vote obligatoire. »

Que faire contre la montée des populismes et des extrêmes ?

« On doit faire preuve de pédagogie. Il faut démontrer aux gens le sens de l’intérêt du vote. Il faut simplifier les institutions, les procédures… mais il ne faut pas mentir aux gens, avec des langues différentes et des communautés différentes, le pays restera complexe. »

En Wallonie aussi, des évolutions vont avoir lieu ?

« Le code électoral devait être dépoussiéré. 130 articles vont être modifiés. Il fallait être plus pragmatique. Par ailleurs, la validation des élections a été régionalisée et nous devions nous adapter. Nous voulons aussi faire évoluer les textes par rapport aux réseaux sociaux. On voit qu’il y a des dérives. Sociétalement, c’est à la fois le meilleur et le pire. »

Comment pouvez-vous réguler ?

« La loi électorale de 1994 a été instaurée pour limiter les montants. Dans l’esprit de cette loi, on ne participe pas à une élection pour faire du commerce, du marketing… À l’époque, les réseaux sociaux n’existaient pas comme aujourd’hui. Par ailleurs, différentes instances comme le Conseil de l’Europe, la Commission européenne demandent qu’on réfléchisse à cette problématique. »

Que pouvez-vous faire à votre niveau ?

« Nous avons posé un premier geste important : les élus ne pourront pas dépenser plus de 50 % de leur moyen sur les réseaux sociaux pendant le temps de la campagne. Cette mesure s’appliquera à chaque candidat pour les élections communales et provinciales. Nous posons un tel acte aussi pour une question d’équité entre les candidats. »

Cela risque de ne pas être suffisant…

« J’en ai conscience, mais c’est un premier signal sociétal. C’est la première fois qu’on le fait. Nous pourrons procéder à des contrôles lors des réunions de la Commission de dépenses électorales comme pour les autres types de publicité électorale. »

V.Li.

«Je veux rendre la fonction publique plus attractive»

«La transmission de savoir est fondamentale.»
«La transmission de savoir est fondamentale.» - Isopix

Comment aider les métiers pénibles dans les communes ?

« Je veux que l’on mette en place une réponse collective en termes d’évolution de société notamment dans les métiers pénibles ou lourds. Nous avons dégagé une enveloppe de 4,5 millions. S’il y a un engouement plus important, je prendrai sur mes crédits pour dégager plus de moyens. Il n’y a pas que le travail dans la vie, il faut garder un espace de bien-être, il fait une réduction collective du temps de travail. On propose une expérience pilote aux villes et communes et elles ont jusqu’au 5 septembre pour répondre pour les échelles les plus basses. »

Mais on ne sait toujours pas ce que c’est un métier pénible ?

« Ils n’ont jamais été définis au niveau fédéral… mais il y a des balises informelles. On propose aux communes de s’en inspirer. Par exemple, les balayeurs de rues, c’est un métier lourd. À salaire égal (mais on laisse l’autonomie communale jouer), on va leur proposer un 4/5 et la Wallonie va financer le différentiel. On insiste sur l’importance d’intéresser les apprenants dans ce projet pour qu’il y ait une transmission de savoir comme pour des paveurs, des menuisiers… La transmission de savoir est fondamentale. »

C’est quoi votre objectif ?

« Répondre à un problème de société pour permettre un aménagement des fins de carrière et transmettre le savoir au travers du travail en alternance. Je ne veux pas m’arrêter là. Je poursuis une réflexion en profondeur sur l’évolution des statuts et des fins de carrière. On y travaille actuellement avec les syndicats. »

Vous espérez aboutir à une grande réforme en la matière ?

« C’est mon espoir pour la fin de la législature. Je veux vraiment rendre la fonction publique plus attractive. Quand quelqu’un rentre dans l’administration, il doit pouvoir évoluer, se former, avoir accès à une validation des compétences… »

Le phénomène de sécurité d’emploi de la fonction publique ne marche plus ?

« C’est vrai qu’il y a une sécurité d’emploi, mais c’est vrai qu’on nomme moins… Les salaires paraissent moins attractifs, il faut donc insister sur la formation. »

V.Li.

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