Il fleurit les tombes des GI’s

Casquette vissée sur le crâne, Jean-Michel Goffette arpente les allées du cimetière américain de Neuville-en-Condroz avec une aisance déconcertante. L’homme, fleuriste à Robermont, connaît l’endroit comme sa poche. «Quand vous regardez les tombes d’en haut, vous constatez qu’elles sont disposées en croix grecque», explique-t-il. «Il y a quatre blocs: A, B, C et D. Nous allons dans le bloc C, allée 5.»

Cinquième tombe. Ici repose le soldat Herbert Brown depuis qu’il est tombé au combat. C’était en septembre 1944. Bobby et Julia, deux parents bienveillants de Los Angeles, ont décidé qu’en cette période, le GI devait être fleuri. Et cette démarche est rare. Car plus que les familles, ce sont surtout des «parrains» qui passent commande auprès du Liégeois. Ces parrains sont des quidams dont le job est de fleurir plus ou moins régulièrement la tombe d’un soldat.

Ils ont donc fait appel à Jean-Michel, comme le font aussi une dizaine d’autres proches de militaires US. «Le principe est simple», poursuit le fleuriste. «Les gens m’envoient un mail à l’avance pour me dire ce qu’ils souhaitent comme fleurs ou comme montage, quand je dois les déposer, si je dois aussi faire un entretien, ce que ça va leur coûter,...Ensuite, je leur envoie la facture. » Si des commandes sont bien évidemment passées à la Toussaint, c’est surtout lors des commémorations qu’elles affluent. Sur place, Jean-Michel Goffette prend une photo «avant», et une photo «après», qu’il envoie à la personne qui a passé commande. En l’espace de quelques années, cette bonne idée a fait des émules, puisque Jean-Michel travaille aussi avec un fleuriste de Bastogne qui se charge du cimetière américain local.

Pour développer d’avantage cette branche de son entreprise, il aimerait aussi entrer en contact avec une association patriotique qui ferait sa publicité auprès des proches d’Outre-Atlantique. «Je ne prends pas un euro de plus sur mes bouquets ou mes montages», indique-t-il. «C’est un service gratuit que j’offre aux gens qui passent commande chez moi, plutôt que chez un autre fleuriste. Je me suis constitué une petite clientèle d’une dizaine de familles et parrains grâce au bouche-à-oreille: des étrangers qui sont venus jusqu’ici, et qui sont tombés par hasard sur moi au cimetière; des contacts que j’ai noués sur place lors de mes voyages aux USA; mais aussi des Belges, partis vivre aux États-Unis, et qui veulent continuer à fleurir un proche.»

Allison Mazzoccato